24/02/2026

Des élèves de première interrogent Pierre Jalloux sur le film "la féline"

À LUX, les lycéens mènent l’enquête sur La Féline

À l’occasion du festival VIVA CINÉMA, au cinéma LUX Scène nationale, des élèves de première du lycée Le Valentin, à Bourg-lès-Valence, ont troqué leurs cahiers pour des micros. Leur mission : interviewer un universitaire spécialiste du 7e art après la projection d’un classique du fantastique, La Féline.

Un film de 1942 toujours aussi troublant

Réalisé en 1942 par Jacques Tourneur et produit par la mythique RKO Radio Pictures, La Féline (Cat People en version originale) demeure l’un des films fantastiques les plus commentés de l’histoire du cinéma.

Face aux lycéens, l’enseignant-chercheur Pierre Jalloux a expliqué pourquoi cette œuvre a été restaurée et programmée dans le cadre du festival : « C’est le premier grand film fantastique de Tourneur, celui qui a véritablement marqué le genre. »

À sa sortie, le long-métrage a bouleversé les codes. Là où les studios comme Universal Pictures montraient vampires, monstres et loups-garous sans détour, La Féline choisit la suggestion. Le spectateur ne sait jamais si l’héroïne, Irena, se transforme réellement en panthère… ou si tout se joue dans son esprit. Une révolution à l’époque.

Des questions franches et engagées

Les élèves n’ont pas hésité à interroger le fond du film. Pourquoi cette apparente indifférence des personnages à la mort d’Irena ? Pourquoi avoir choisi une panthère ?

Selon Pierre Jalloux, l’animal symbolise les pulsions enfouies, la part sauvage que la société tente de contenir. « Irena est étrangère, marginale, différente. Ce qu’on ne comprend pas fait peur », a-t-il analysé devant une salle attentive.

Une enseignante présente a également soulevé la dimension féminine du symbole. Le débat s’est ouvert sur la figure de la femme dans le cinéma des années 1940, entre crainte et fascination, à l’image de la « femme fatale » du film noir. Un échange nourri, preuve que le noir et blanc n’empêche pas les questionnements contemporains.

Le cinéma, une affaire de regard

Au fil de l’entretien, les lycéens ont aussi cherché à comprendre ce qui rend le fantastique si particulier. Pour l’universitaire, le genre met en lumière l’art de la mise en scène : jeux d’ombres, hors-champ, sons inquiétants… « Il faut regarder comment l’histoire est racontée, pas seulement ce qu’elle raconte », a-t-il conseillé.

Interrogé sur un film à recommander, il a cité Vaudou (I Walked with a Zombie), autre œuvre de Jacques Tourneur, mais aussi le plus récent It Follows, thriller moderne où la menace reste insaisissable.

Une expérience formatrice

Pour ces élèves de première, l’exercice allait bien au-delà de la simple projection. Préparer les questions, mener l’interview, écouter et rebondir : une immersion concrète dans l’analyse cinématographique.

Le festival VIVA CINÉMA confirme ainsi sa vocation : transmettre la passion du grand écran et encourager un regard critique chez les jeunes spectateurs.

Et comme l’a rappelé Pierre Jalloux en conclusion : « Le cinéma a son propre langage. Le voir en salle, c’est apprendre à le comprendre. »