Dans «Train Dreams», l’esprit de la courte et puissante fiction de Denis Johnson prend forme au cinéma, entre dureté du début du XXe siècle et moments de grâce. Le film suit Robert Grenier, bûcheron itinérant, ébranlé par un épisode violent lors de la construction d’une voie ferrée, événement qui marque son regard sur le monde.
Cet article s’appuie sur un segment de RTBF La Première reprenant une chronique cinéma; aucun lien source n’a été partagé dans le texte d’origine.
Le récit humanise la rigueur du travail forestier: Robert trouve un équilibre auprès de Gladys et construit un foyer à l’écart, avant de retourner régulièrement aux bois pour gagner sa vie. Joel Edgerton incarne Grenier avec une sobriété persuasive qui lui vaut une nomination aux Golden Globes. Felicity Jones apporte à Gladys une présence sensible qui ancre la relation au cœur de l’histoire, dans la continuité de ses choix exigeants après «The Brutalist».
Derrière la caméra, Clint Bentley signe une mise en scène précise. S’il a initialement envisagé un tournage sur pellicule, un calendrier resserré (29 jours) a conduit au numérique; le résultat conserve pourtant une richesse visuelle en harmonie avec la tonalité littéraire. La voix off, utilisée avec retenue, rappelle l’origine romanesque sans alourdir, et installe un rythme qui nous rapproche du quotidien rude des bûcherons.
La musique conclut sur une note forte: la chanson finale interprétée par Nick Cave décroche elle aussi une nomination aux Golden Globes, prolongeant la présence du film hors écran. «Train Dreams» figure au catalogue Netflix, un choix qui facilite l’accès tout en relançant le débat sur l’avenir des séances en salle, au milieu de mutations industrielles qui inquiètent les cinéphiles.
Au total, «Train Dreams» propose une traduction visuelle fidèle à l’univers de Denis Johnson: un croisement entre la sauvagerie des paysages et la délicatesse des liens humains, où les petites histoires portent de grandes questions sur le travail, l’amour et la mémoire.